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circuits courts et saumon voyageur Le saumon est et restera un grand voyageur encore quelques années. Cette assertion péremptoire ne vient ni d’une boule de cristal , ni de l’AFP mais d’un funeste double constat : - Compte tenu des nombreuses vicissitudes ,c’est un euphémisme , que doit surmonter le smolt candidat au grand voyage ( pollution ,surpêche …) les capacités innées du saumon vivant apparaissent largement hypothéquées… - Par contre , le saumon mort est extraordinaire . Un peu comme si , ayant conservé le sens du devoir , il mettait un point d’honneur à regagner des miles gratuits ; ceux justement qu’il n’a pas pu parcourir loyalement par l’effort de son vivant. Et qu’ils soient Norvégiens ou de l’Alaska , ils affichent le même travers . C’est devenu un effet de mode . Jugez plutôt : à peine les obsèques bâclées , il dénie toute incinération et se fait congeler pour s’offrir un voyage en Chine . Là bas , la MTC ( médecine traditionnelle chinoise ) qui réalise des prouesses depuis des millénaires , le réanime . Il bénéficie ensuite de la chirurgie esthétique grâce à des injections de saumure de sel qui lui font gagner 10% de son poids . Une fois réchauffé sans feu , mais avec de la fumée liquide pour faire au plus facile , les autorités qui n’apprécient pas la présence des « sans papiers » dans un pays surpeuplé , le remettent au congélateur pour le réexpédier manu militari en Europe par air mail . Si le saumon vivant ne peut plus voyager , soyez rassurés , le nombre de kilomètres global parcouru est très largement compensé par le saumon mort qui fait deux fois le tour de la planète en avion . A Grenelle , ils appellent ça le « bilan carbone » et au salon de l’agriculture 2010 le Ministre a introduit la notion de « Haute Performance Environnementale » où l’ACV est prise en compte. Peut- être que ces process commerciaux , n’en déplaise à Marine Harvest , qui constituent l’archétype du contresens s’estomperont avec l’éventuel renchérissement du frêt aérien ? Rien n’est moins sûr . La traçabilité ? Si l’augmentation du prix du pétrole est aussi peu pédagogique sur l’économie de marché que l’augmentation du prix du tabac sur le fumeur , une possible prise de conscience du consommateur qui ne tolérerait plus que les denrées alimentaires soient considérées par certains producteurs et distributeurs comme une machine à sous , pourrait rendre la traçabilité incontournable. La traçabilité est encore lacunaire et elle nous fait carrément un pied de nez quand elle affiche le nom et l’adresse de la société de pêche plutôt que l’endroit et la date précises où le poisson a été pêché . Le poisson a-t-il été congelé , décongelé, recongelé ? où a-t-il été conditionné , au sel sec ou à la saumure de sel , fumé avec du bois ou de la fumée liquide ? Le consommateur s’apercevrait que les bons produits ne sont pas systématiquement les plus chers . Quand il s’agit de poisson d’élevage ce n’est quand même pas de la curiosité malsaine que d’être informé sur la date de pêche , le nom et l’adresse du producteur . Lu récemment sur un emballage ce type d’info ( de mémoire ) : « truite de France ou d’ailleurs » . Les circuits courts Les enjeux : Le processus d’extension des échanges économiques mondiaux semble inexorable . L’économie mondiale repose sur des échanges de plus en plus importants et rapides de marchandises. L’agriculture , telle que nous la connaissons , ne concerne que 2 % des terres au niveau mondial et parmi ces paysans , la productivité varie de 1 à 2000 ! La libéralisation du commerce agricole , grâce à une chute des frais de transports, entraîne une baisse des cours des produits agricoles et un processus de paupérisation et d’extrème pauvreté pour un milliard d’hommes alors même que 70% d’entre eux vivent dans des zones rurales. Dans l’économie mondiale , si le seul critère de compétition ne porte que sur le prix , la France n’a strictement aucune chance de gagner : il y aura toujours , à l’autre bout du monde , un pays qui produira moins cher en raison du coût de sa main d’œuvre beaucoup moins élevé, du prix du foncier bon marché , des charges administratives et des règles environnementales inexistantes etc…. Il est impossible d’être compétitif au niveau mondial sur les produits de masse. La mondialisation n’a pas que des effets pervers: la France en bénéficie quand il s’agit d’exporter la qualité, les origines, les spécificités alimentaires et le prestige d’une marque. Mais les acquis fondent comme la neige au soleil. Comme dans l’industrie, où la Chine et l’Inde trustent tous les gros contrats au nez et à la barbe des sociétés qui étaient considérées les fleurons industriels occidentaux, ce serait de la naïveté coupable de croire que les produits agricoles sont épargnés ! L’ agriculture n’échappe pas au copier/coller des techniques et des savoir-faire. En élevage, les géniteurs des meilleures races sont achetés par les étrangers : Charolles, Limoges ou Salers sont délocalisées . La mondialisation du commerce entraîne la mondialisation des problèmes. Pour ne prendre que l’exemple des barrières non tarifaires , stratégiques et spéculatives: à ce jeu , les pays en développement qui n’ont ni les moyens de les évaluer ou encore moins , de les utiliser, sont encore une fois pénalisés. Le premier choc pétrolier de 1973 ( qui nous a fait payer très cher l’essence nous mettions dans une 4L) a été vite oublié . Il n’ a, au grand jamais à cette époque, été question du probable épuisement de la ressource, de l’effet de serre, du CO2 etc ... ou alors de manière tellement confidentielle que personne ne s'en souvient .…. tout était idyllique. Et pendant ce temps « on » a convaincu les agriculteurs de se concentrer sur l’acte noble de production et de s’ affranchir de l’acte de vente …. belle aubaine…. certains s’en sont chargés ! On en paie et en supporte les conséquences. Quand on achète une denrée alimentaire, la part qui revient au producteur a baissé de 20% en 20ans. Pendant la même période, les propriétaires de grandes surfaces ont amassé des fortunes considérables . En Europe du nord, 90% de l’alimentation est négociée par cinq chaînes de distribution. Il n’est pas illogique d’accepter qu’une rentabilité très confortable rémunère leurs investissements lourds, mais le bouchon a été poussé beaucoup plus loin : l’acharnement spéculatif et spoliateur dont elles ont fait preuve s’est fait au détriment des fournisseurs et au mépris du consommateur. Or, distribuer de la valeur ajoutée à un producteur plutôt qu’ à une chaîne transnationale n’a pas le même impact au niveau local . Voila un concept fort en terme d’ aménagement du territoire. Info de dernière minute au sujet du volcan en Islande et du vent, cet idiot, qui souffle dans le mauvais sens : Rédigeant cet article, cela nous démangeait hier, le 17 avril 2010, d’évoquer la grande « détresse » de ces pauvres 150 000 vacanciers bloqués dans leurs paradis dorés ; "un événement national" . Même le pauvre Stéphane Bern serait bloqué à Athènes….. douce punition s’il en est ! Et les joueurs talentueux de l’équipe de France de hand-ball, ces « malheureux » , se consolant peut-être dans les bras d’une islandaise….. Tous les aéroports français sont fermés. Cela nous est présenté comme un drame ! Rien de rien dans les médias sur les échanges des biens et de marchandises bloqués à l’autre bout du monde. Question : Avec un tel matraquage médiatique sur les superficialités des préoccupations quotidiennes , comment peut-on introduire une réflexion sérieuse sur les circuits courts ? L’occasion était pourtant belle d’évoquer les circuits courts , non inféodés à ce type d’aléa . N’étant ni un Ayatollah de l’identitaire, ni un adepte des multiples labels auto-certifiés, comment expliquer cet engouement pour cette nouvelle démarche ? Ce qui est baptisé récemment « circuit court » est d’abord le fruit du bon sens: dans les années 70 , il était de bon ton de boycotter les oranges Outspan , synonyme d’Apartheid , tragédie d’Afrique du Sud. Après 1991, plus d’apartheid mais était- ce pertinent d’acheter des produits à l’autre bout de la planète ? Certains commençaient à s’interroger . A la même époque , les producteurs français se targuaient d’exporter dans tous les continents ….la vraie gloire….. peu importe si notre pain, notre poulet et cochon devenaient immangeables . En 2010, il faut relocaliser et remettre en adéquation la production et la consommation. L’accueil à la ferme , recréer le lien social , instaurer la confiance entre le producteur fier de présenter un produit de qualité et le consommateur ; c’est un échange gagnant/gagnant . Les circuits courts , c’est reconnaitre la multifonctionnalité de l’agriculture dans la dynamisation des territoires ruraux. A défaut , c’est "suite et fin de l’exode rural ". Quel pourrait être le déclic ? Elément fondateur des circuits courts ? L’économie mondiale repose sur des échanges de plus en plus importants et rapides de marchandises , nous venons de l’évoquer . L’ homme épuisera « la terre jusqu ‘au trognon » ( PIEM) . Dans les médias, quotidiennement, des mots reviennent très souvent : - qu’il soit de droite ou de gauche , le nom du Président de la République est incontestablement le plus cité, - quand on interroge un homme politique , il commence toujours sa réponse par un ordre : « écoutez » ( probablement de peur qu’on ne l’écoute point ?), - quelqu’un qui n’a rien à dire comble ses phrases par de nombreux « voila » , - au palmarès « Grenelle » et « durable » arrivent à toutes les sauces…. Pour développer les circuits courts , renforcer si besoin était l’enthousiasme des adeptes, vulgariser auprès de ceux qui n’en ont jamais entendu parler, convaincre les septiques, il pourrait y avoir deux approches bien distinctes : 1) attendre que la conscience collective engendre une réorientation radicale des achats . Cela me semble relever de l’utopie. Une bonne partie des consommateurs achète surtout un prix . C’est hélas compréhensible pour ceux qui n’ont guère d’autre choix . Il reste une énorme masse d’inertie, plus influencée par la pub que par la traçabilité et l’environnement . Pourtant, concernant certains produits, « il suffirait de ne plus les acheter pour qu’ils ne se vendent pas ». C’est tellement simple et ce serait tellement efficace .... qu’il y a peu de chances que cela fonctionne sur ce schéma. 2) il faudrait donc trouver un mot, un nom propre, qui serve d’étendard . Un "Woodstock "? ( pas un "Copenhague" qui a coûté des milliards pour un flop) ; un "Kyoto" (où il ne s’est pas passé grand-chose mais dont on parle encore ). Le nom d'une île déserte, ou celui d'une des 36 000 communes françaises au nom sympathique ,ou une sorte de schmilblic inventé par Pierre Dac ? Circuits courts, ça ne parle pas ! c’est presque un court-circuit .... c’est dire ! Un colloque vite-fait/pas-cher mais sur-médiatisé , porterait sur les fonds baptismaux le nom retenu , pour devenir le drapeau qui rejoindrait, les quatre ou cinq mots repris 50 fois par jour par les médias.
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